OKAM Talks : André-Marie Tala

OKAM Talks : André-Marie Tala

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Auteur de classiques tels que « Je vais à Yaoundé », « Sikati » ou encore « Piego Hela », Tala André-Marie est un artiste qu’on ne présente plus. Depuis plus de 50 ans, il prodigue de précieux conseils et prône des valeurs humaines telles que l’amour, la paix et l’unité dans ses oeuvres musicales. Véritable icône prolifique, il a révolutionné le Bend Skin et a su se réinventer tout au long de sa carrière. Avec près d’une vingtaine d’albums teintés de rock, pop, rythm and blues mêlés à des sonorités traditionnelles africaines, le multi-instrumentiste a conquis le cœur des mélomanes et en a influencé plus d’un au-delà des frontières de son Bandjoun natal. 

 

D.E.S : Bonjour M. Tala, tout d’abord merci de nous accorder cet interview. Est-ce que la présentation en tant que poète-compositeur et musicien engagé vous convient ?

 

A.M.T : Oui bien sûr. Si celle-ci ne me convenait pas, je ne serais pas resté aussi longtemps dans cette industrie.

 

D.E.S : Où, quand et comment a débuté votre carrière artistique ? 

 

A.M.T : J’ai débuté ma carrière à Bafoussam, à l’Ouest Cameroun. (Il est important de faire cette précision car mon art s’exporte en Afrique et dans le monde). Mon premier contrat professionnel a été signé dans un cabaret appelé « La Paillotte » en 1969. J’ai crée mon groupe, les « Black Tigers », au sein duquel j’étais chef d’orchestre de 1967 à 1977. Après la Paillotte, on a joué dans tous les cabarets de Douala tels que « La Piscine », « la Gare Maritime » et d’autres.

[Anecdote : André-Marie Tala a fondé le groupe « Les Rock Boys » devenu les « Black Tigers » dans lequel l’illustre Sam Fan Thomas était guitariste]

 

D.E.S : Quelles ont été vos sources d’inspirations ? 

 

A.M.T : Mes sources d’inspirations ont toujours été les mêmes : la vie courante, tout ce qu’il se passe autour de moi. En grandissant, j’ai écouté beaucoup d’artistes français, américains et anglais. De manière générale, on écoute toujours les ainés qui nous inspirent. En termes d’instruments, j’ai suivi les guitaristes B. B. King, Georges Benson et Éric Clapton. Au niveau des chanteurs, j’ai suivi Ray Charles, James Brown, Ottis Redding et beaucoup d’autres. Je suis aussi resté un grand fan de Johnny Hallyday.

 

D.E.S : Votre titre à succès « Soul Tchamassi » (1983) a permis au monde entier de découvrir ce rythme originaire du Cameroun. Pouvez-vous nous en parler ?

 

A. M. T : C’est une synthèse de Makossa, Soukous, Afrobeat… C’est cette fusion qui a crée le rythme qu’on appelle aujourd’hui « Tchamassi ».

 

D.E.S : « Crise », « Je vais à Yaoundé », « Qui saurait me dire » – entre autres – sont la preuve de votre sagesse et de votre compréhension des maux dont souffrent bon nombre de camerounais et d’africains. Quels messages souhaitez-vous transmettre aux personnes qui écoutent votre musique ?

 

A.M.T : Un message de paix, d’amour, de fraternité ; que les africains puissent comprendre que c’est ensemble que l’on peut gagner tous les combats, vaincre tous les maux qui minent l’Afrique.

 

D.E.S : Quel est le meilleur projet musical sur lequel vous avez eu à travailler ? 

 

A.M.T : Tous les projets sont importants. À chaque fois que l’on s’engage sur un projet, c’est que l’on a la conviction que c’est le moment de travailler dessus.

 

D.E.S : Avez-vous une anecdote sur l’un de vos titres à nous partager ?

 

A.M.T : Oui, j’en ai deux. La première anecdote c’est le fait que j’ai remis mon premier album à James Brown et son manager en mai 1975 lors de sa tournée au Cameroun. Quelques mois plus tard, il l’a plagié à travers son titre « Hustle » ce qui a entraîné un procès que j’ai gagné. C’était assez inédit à cette époque, surtout pour un artiste africain.

L’autre anecdote c’est le fait de me rendre compte que, le 21 juin 1983, le feu président François Mitterand m’a cité dans son discours officiel en disant que « Votre poète André-Marie Tala a raison de chanter votre belle capitale » (référence au titre « Je vais à Yaoundé »). C’était très flatteur.

 

D.E.S : Pouvez-vous nous citer 3 chansons que vous pouvez écouter en boucle ? 

 

A.M.T :  Oui. « Life » de Dess’ree, « Take Five » de Dave Brubeck et « Malaïka » de Miriam Makeda.

 

D.E.S : Le manque d’infrastructures et de politiques culturelles sont souvent considérés comme les principaux obstacles qui jalonnent le terrain culturel camerounais. Quel avenir envisagez-vous pour la musique camerounaise ? 

 

A.M.T : Un grand avenir, du moment où tout le monde est convaincu que le Cameroun est bourré de talents dans le domaine artistique. J’ai espoir qu’on aura un jour la possibilité de mettre en place des vraies conditions pour faire éclore tous les talents qui sont encore dans l’ombre.

 

D.E.S : Quelles sont vos actualités et vos projets à venir (si vous pouvez nous en parler, bien sûr) ?

 

A.M.T : J’ai plusieurs projets mais je vais en citer deux. Il y’a un album instrumental que j’espère sortir en 2022 et je prépare un ou deux singles avec des amis.

 

D.E.S : Un mot de fin ?

 

A.M.T : Les artistes de manière globale sont des visionnaires. Mon souhait est que la vision de beaucoup d’artistes, qui est une vision d’optimisme, aide les jeunes africains à s’unir, à utiliser les moyens modernes tels que internet afin de créer une synergie. Je rêve du jour où on verra le continent africain comme un continent riche avec des hommes intelligents, qui ne croient pas qu’à leurs projets personnels, des dirigeants qui travaillent pour le plus grand nombre et des responsables qui brillent par une méthode dictée par la méritocratie.

 

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D.E.S

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