Ibrahim Mbouombouo Njoya, Roi des Bamum

Ibrahim Mbouombouo Njoya, Roi des Bamum

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Mə́shà’shə̀* la famille, c’est comment?

Que diriez-vous d’aller à la découverte d’Ibrahim Njoya? Je suis sûre que son nom vous est familier.  Venez (re)découvrir ce sultan, XVIIe roi de la dynastie de Nchare Yen, originaire du pays bamoun (=bamum) qui se situe à l’Ouest Cameroun.

C’est parti !

*« Salut » en bamoun. 

 

Sommaire :

  1. Enfance et régence maternelle 
  2. Pouvoir royal
  3. Parcours et œuvres de vie
  4. Fin de vie du sultan

 

Enfance et régence maternelle 

Le roi Ibrahim Mbouombouo Njoya naît en 1860 à Foumban (Ouest Cameroun) de sa mère Ne Njapduke et de son père le roi Ibrahim Nsangu. Lorsque ce dernier décède, il n’est âgé que 4 ans. Ainsi, durant sa minorité, son règne sera exercé par sa mère Njapduke assistée par le grand serviteur Gbetnkom Ndombu jusqu’à ce qu’il atteigne la majorité lui permettant de régner sur le peuple Mum. À l’aube de sa majorité, Ibrahim Njoya écarte Gbetnkom qui ne manifestait pas l’envie de lui laisser le pouvoir. 

Ainsi, une guerre civile ravage le pays Bamum entre 1892 et 1895 et Ibrahim Njoya réussit à conserver son pouvoir grâce à l’intervention d’un chef peul, le lamino Oumarou de Banyo. Par la suite, Ibrahim Njoya se convertit à l’islam et devient sultan

 

Pouvoir royal 

Le sultan Njoya s’est imposé par sa sagesse, son intelligence et sa témérité. Cependant, son autorité résultera de la soumission de la population bamoun : le sultan détiendra à la fois tous pouvoirs politiques, religieux et maintiendra la paix et l’ordre social. Il est maître de la justice et le chef du service judiciaire devant les tribunaux coutumiers. Il assure la protection de son royaume, dirige les forces armées et gère le trésor public, formé de dons en nature que tout citoyen se devait d’apporter périodiquement. A son tour, le roi affecte ces dons aux besoins des nécessiteux. Enfin, il distribue les terres aux membres de la tribu. ²

 

Parcours et œuvres  

Le roi Njoya a favorisé l’essor des arts, des cultures et des techniques de son peuple, notamment en soutenant les artisans et leur sens de la créativité. De plus, ses réalisations personnelles sont nombreuses : il invente un moulin à moudre le maïs, actionnée à la main, afin de faciliter la préparation du délicieux « pen & ndjapche » (couscous de maïs avec des légumes appelés « ndjapche ») qui est un plat traditionnel du Noun.

Soucieux de préserver l’histoire orale de son royaume, le roi Ibrahim Njoya fit appel à toutes les personnes de son royaume et développa un système d’écriture de 70 symboles entre 1896 et 1930, le A-Ka-U-Ku, dérivé de la langue shü-mom, qui sera utilisé lors de la mise en place d’une véritable administration (état-civil, fiscalité, justice, archives). Cette écriture a notamment permis la rédaction de plusieurs œuvres littéraires dont « L’Histoire des lois et coutumes des Bamoun » ainsi qu’un encyclopédie sur la pharmacopée traditionnelle. Il comporte une carte du pays bamoun qui est une de ses plus belles réalisations. ³ L’éducation en pays bamoun est également sujet à des réformes : plusieurs écoles sont construites où la langue shü-mom est utilisée comme langue d’enseignement, au même titre que la langue allemande.

Le sultan Njoya est traditionaliste et un fervent religieux ; il crée, vers 1915, une religion inspirée de l’islam, du christianisme et de croyances traditionnelles bamoun, dont les fondements sont codifiés par le texte du Nkuet Kwate (qui signifie « poursuivre pour atteindre »), également écrit en A-Ka-U-Ku.

Le palais des sultans Bamoun à Foumban reflète l’intérêt que le sultan Njoya porte à l’architecture ; il le fit construire en 1917 et est classé aujourd’hui au patrimoine mondial de l’Unesco. Selon la légende, c’est lors d’une visite à Buéa en 1907, alors aurait été impressionné par la beauté du palais du gouverneur Von Puttkamer, que l’idée d’une création de ce joyau architectural lui vint. Le Palais Royal reste un symbole fort pour le peuple Bamoun et met en lumière les aspirations et la puissance du sultan Njoya.

 

Fin de vie du sultan

Bien que le sultan Njoya ait accédé au trône lors que le Cameroun était une colonie allemande, ce dernier a été relativement « libre » lors de son règne. En 1906, par exemple, il s’allie aux Allemands qui luttent contre les Banso, qui ont tué son père et gardé son crâne comme trophée. En 1908, le sultan Njoya Ibrahim envoie son trône comme « cadeau d’anniversaire » à l’empereur Guillaume II. (Le trône est exposé au musée ethnologique de Berlin)

À l’issue de la défaite de l’Allemagne au cours de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne perd le contrôle du Cameroun et par conséquent du royaume de Njoya. La France prend le relais dans la région de Noun. Bien qu’il soit ouvert à de nouvelles idées, le sultan était fier de son héritage, qu’il souhaitait préserver et développer. Il s’opposa inévitablement aux autorités coloniales françaises qui interdisent les langues camerounaises et suppriment les pouvoirs traditionnels du sultan. Il est destitué en 1931 et contraint à l’exil à Yaoundé où il mourut deux ans plus tard.⁶

Nous finirons cet article avec cette citation : « Il vaut mieux mourir que de vivre dans la honte ». Cette citation expliquerait pourquoi que le sultan Njoya ait préféré mourir en exil à Yaoundé plutôt que d’être salué comme un ancien prisonnier dans son royaume. 5

 

Connaissiez-vous son histoire? Avez-vous eu l’occasion de vous rendre au palais des sultans Bamoun à Foumban? Partagez une anecdote avec nous en commentaire !

 

Bibliographie :

¹ LOUMPET-GALITZINE Alexandra, « Njoya et le royaume Bamoun : les archives de la Société des missions évangéliques de Paris », 2006, Karthala Éditions

² NJELE Judith, « Le sultan Njoya et le pouvoir royal Bamoun », 1963, Présence africaine

³ MATATEYOU Emmanuel, « L’écriture du Roi Njoya », 2015, édition Harmattan

⁴ DZOTAP Alain S., « Le Roi Njoya : Un génial inventeur », 2015, Cauris livres 

FOTSO Henri, « Njoya Ibrahim : Le roi inventeur du Cameroun », 2021, DW 

⁶ NJELE Judith, « Le sultan Njoya et le pouvoir royal Bamoun », 1963, Présence africaine

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D.E.S

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